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Le son des 90s ⏪🔉
K7, CD, MP3, P2P, ...
Les années 90s, ce n’est pas que l’apparition d’internet… c’est aussi l’ère du “multimedia”. Et qui dit multimedia dit musique. Dans cet épisode “nostalgie positive”, je vous propose un retour en arrière pour se remémorer le(s) son(s) des 90s et des 2000s… et comment on les écoutait.

c’était il y a 30 ans…
voilà , le coup de vieux, c’est fait, maintenant on kiffe !
CD & K7 (smells like teen spirit)
Le CD a été inventé aux débuts des années 80s… Mais cela n’empêche pas aux cassettes audio d’être encore partout au début des 90s et d’avoir cohabité longtemps avec les CD.
En effet, même si le CD présente l’avantage d’une meilleure qualité, il a un défaut : on ne peut pas enregistrer. Ce n’est pas un hasard si les chaînes hi-fi et “boomboxes” présentes dans les chambres d’ado possèdent non pas un mais deux emplacements pour les cassettes.

La cassette audio, vestige de la “musique objet”, star des 80s et
première étape de la musique personnelle que l’on emporte partout
C’est l’époque où composer sa mix tape était un art.
On passait des heures à écouter la radio, en se précipitant pour enregistrer la musique que l’on voulait (qui passait en boucle toutes les 10 minutes, sauf la fois où on décide de l’enregistrer). Puis ensuite, des heures à réécouter et mettre bout à bout les chansons dans l’ordre désiré, en transvasant à vitesse réelle chaque morceau d’une cassette à l’autre pour réaliser la meilleure compile à mettre dans l’autoradio.
… ironic, macarena, freed from desire, one of us, around the world, barbie girl, …
CD-R (bitter sweet symphony)
… cosmic girl, l’homme pressé, torn, save tonight, la tribu de dana, belle, chanter pour ceux, …
Le CD présente l’avantage d’être un support de données numériques.
En gros, ce qu’il contient n’est pas de la musique “brute” mais des fichiers contenant la musique. Et donc le CD peut être lu par n’importe quel ordinateur “multimedia” qui possède un lecteur de CD-ROM.

Le 1er iMac, “l’ordinateur qui a sauvé Apple”…
l’ordinateur du multimédia et d’internet,
qui créa la polémique en n’intégrant pas de lecteur de disquettes
Mais la vraie révolution de la musique numérique arrive suite à deux innovations majeures.
D’abord, l’apparition des graveurs de CD grand public à la fin des années 90s.
On peut désormais copier des albums entiers ou bien réaliser ses propres compilations en un clic, sans perte de qualité, sans jouer à l’apprenti sorcier à devoir appuyer sur le bon bouton à la seconde près. La cour de récré devient un lieu de deal où l’on s’échange sous le manteau albums de musique et jeux vidéos sur des “CD-R” (inscriptibles).
MP3 + P2P (gangsta’s paradise)
… aller plus haut, sex bomb, maria maria, moi lolita, say my name, …
La deuxième innovation qui fera basculer la musique dans l’ère moderne est le format MP3. Parce qu’un morceau est un fichier numérique (presque) comme un autre, l’ordinateur peut compresser ses données pour prendre moins de place, sans (trop) massacrer la qualité. Alors qu’un CD classique peut contenir 1h14 de musique exactement, un CD contenant des fichiers MP3 peut en contenir environ 10 fois plus.
Un morceau de musique pèse alors environ 3 Mo… ce qui le rend transférable d’un ordinateur à l’autre avec les connexions internet de l’époque.
Et vient alors en 1999 le coup de tonnerre qui a mis l’industrie musicale toute entière à genoux : napster - le premier logiciel de peer to peer (permettant l’échange de données entre deux ordinateurs d’utilisateurs lambda). Plus même besoin d’avoir un CD original pour en copier les chansons, il suffit d’une simple recherche pour copier le fichier présent sur le disque dur de milliers d’inconnus… et le “graver” sur un CD qui peut être lu par n’importe quel lecteur classique.

Napster, le logiciel qui permet de télécharger un morceau en un clic (gratuitement) est le premier usage “digital” de la musique… et pendant trop longtemps, le seul !
Le piratage devient la norme.
… it’s my life, stan, just my imagination, oops I did it again, …
iPod (it wasn’t me)
C’est parallèle à l’effondrement de l’industrie qu’apparaissent les premiers lecteurs MP3. Plus besoin de support physique encombrant et fragile (un disque de plastique qui tourne à grande vitesse, rien de vraiment pratique), mais un gros disque dur adossé à une batterie, qui peut stocker des centaines de fichiers que l’on transfère depuis son ordinateur.
Plusieurs modèles sortent et tâtent le terrain… et puis vient en 2001 la révolution que l’on connait tous : l’iPod. À l’époque, le slogan “1 000 chansons dans le creux de votre main” fait un carton. Tout le monde (apple le premier) fait semblant de ne pas savoir que personne n’y mettra 1 000 chansons achetées légalement.

L’iTunes store ouvre deux années après, en vendant pour 1€ environ chaque morceau de musique… et connait un succès que l’on pourrait qualifier de “mitigé” au mieux… Mais il a le mérite de permettre à Apple de se dire du côté des artistes, en vendant le best-seller d’un marché de lecteurs MP3 qui se développe à grande vitesse alors que les revenus des artistes continuent de s’effondrer.
… j’ai demandé à la lune, complicated, en apesanteur, jenny from the block, bring me to life, dernière danse, …
Streaming (whenever wherever)
… all the things she said, american life, in the shadows, let’s get it started, dragostea din tei, the reason, …
À partir de 2005, l’industrie musicale trouve enfin un business model qui lui permet de survivre à l’ère numérique et prospérer, grâce au streaming et à l’abonnement mensuel. Bien sûr, il aura fallu quelques innovations de plus pour que cela puisse se produire, avec notamment l’apparition des smartphones, des batteries haute capacité, et les réseaux 3G/4G à grande vitesse… et surtout la réalisation qu’il fallait réfléchir à d’autres façons de consommer la musique que ce à quoi étaient habituées les deux générations précédentes.
Steve Jobs aurait d’ailleurs rejeté l’idée d’abonnement, sous prétexte que “les gens veulent posséder leur musique”. Les plus grands génies de ce monde ne sont visiblement pas à l’abri de quelques erreurs d’appréciation et d’être limités par leurs propres biais. Cette mauvaise compréhension des consommateurs a pu expliquer en partie les nombreuses années d’errance du marché de la musique, et permettre qu’apple ne soit pas en situation de complet monopole sur le streaming audio.

En seulement 10-15 ans, la façon de consommer la musique s’est transformée pas moins de quatre fois, passant d’un modèle de possession de petits bouts de plastique à l’accès à un catalogue illimité de n’importe où.
Un parallèle presque exact peut être fait avec la vidéo et l’industrie du cinéma. Et des comparaisons similaires avec à peu près tout ce que l’on consomme grâce à nos ordinateurs.
Pas étonnant que cette période ait été si excitante pour les passionnés d’innovation !… Et si l’IA promet de transformer radicalement la création musicale, est-ce que la prochaine décennie nous proposera autant de changements sur notre façon de consommer la musique que les 90s / 2000s ?

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