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Fenêtre(s) sur les 90s
Les années 90s, ce n’est pas que la démocratisation d’internet… c’est aussi et surtout la démocratisation de l’ordinateur personnel (disons plutôt “familial”). Et quoi de mieux que de se remémorer les différentes versions de Windows pour voir l’évolution fulgurante de cette époque dorée de l’informatique.
Chaque système d’exploitation représentait une exploration d’un monde nouveau, faite de découvertes et de redécouvertes : une nouvelle expérience, de nouvelles fonctionnalités, qui donnaient l’impression d’avoir un tout nouvel ordinateur (ce qui était d’ailleurs souvent le cas, car il était plus que recommandé d’investir dans du nouveau matériel pour pouvoir en profiter pleinement).
Windows 3.1
Il faut bien commencer quelque part, et ce n’est pas seulement mon côté rebelle qui me pousse à ne pas commencer par 1. Bien que Windows 1.0 (sorti en 87) ait introduit auprès du grand public le concept de fenêtres (d’où le nom), ce n’est qu’à la version 3.1, lancée en 93, que l’ordinateur moderne prend son envol.
On y voit la maturation du concept de fenêtres qui peuvent se fermer, se réduire, s’agrandir (comme souvent, Microsoft s’est librement “inspiré” d’autres systèmes d’exploitation). Parmi des logiciels par défaut visant à remplacer tout ce qui se trouve sur le bureau de Don Draper, la rumeur voudrait que le démineur et le solitaire aient été introduits pour inciter les utilisateurs à “s’entrainer” à la souris (jeux qui mettent en scène, respectivement, un clic précis et le “drag & drop” (tiré/déposé)).

Windows 1, 2, 3.1
Windows 95
Windows 95 est l’incarnation du boom que connait l’ordinateur familial, en plein milieu des 90s. Bureau, menu démarrer, corbeille, raccourcis, barre des tâches (qui permet de retrouver plus facilement ses petits et donc d’avoir plus de fenêtres ouvertes)… les bases sont posées et elles évolueront finalement bien peu.
C’est l’ère du multimédia : distribué sur CD-ROM, permettant de jouer de la musique et de visualiser des photos, et offrant une interface moins austère et plus accessible. Le PC n’est plus réservé aux nerds ou aux professionnels, il investit désormais le salon et toute la famille peut l’utiliser pour jouer, se divertir, s’informer, et oui, travailler.
Le lancement de Windows 95 est une fenêtre sur l’époque. Présentation en grande pompe par Bill Gates, accompagné de Jay Leno (la personnalité tv de l’époque). Musique des Rolling Stones. Ouverture de magasins à minuit avec files d’attente interminables. Innombrables émissions et témoignages pour nous faire comprendre que Windows 95 allait changer nos vies. C’est tout bonnement un événement planétaire.

Le media blitz a donné lieu à de nombreuses pépites, du cringe au cute, avec un défilé de cravates trop colorées, de pantalons trop larges et de ceintures trop hautes. Pour un concentré de tout cela, regardez ce mutant à la fois épisode de friends / publicité / didacticiel, pur produit des années 90s.

Regarde, même Rachel peut s’en servir !
Jennifer Anniston et Matthew Perry découvrent avec nous le monde magique de Microsoft, lors d’une démo parsemée de blagues (souvent ratées) et interrompue par un faux laveur de vitres (le “windows expert”…), un faux Bill Gates, un faux groupe de punk rock, et un faux maître de Kung-fu. Si vous ne comprenez rien, c’est normal, et Jennifer n’a pas l’air d’y comprendre grand chose non plus.
Les États-Unis des années 1990, c’est une confiance inébranlable en l’avenir, où les mythes et légendes de la Silicon Valley se forment et portent le flambeau de l’american dream. La pop culture, au travers de films et de séries où les personnages utilisent l’air de rien les dernières technologies, avec des ordinateurs présents dans les chambres d’ado et des téléphones portables qui sortent de leurs sacs, devient la meilleure des publicités.

Scream en 96…
si l’on apprend son film d’horreur préféré,
l’histoire ne dit rien sur sa version de Windows
Côté fraîcheur et modernité, le contraste avec notre côté de l’Atlantique peut être rude. Jacques Chirac, élu la même année, aurait d’ailleurs bien fait d’écouter Jennifer. Il demande, devant les journalistes, ce qu’est une souris, ce qui lui vaudra des années de moqueries sur le “mulot”, symbole de l’ignorance du dirigeant français sur les nouvelles technologies.
Windows 98
C’est la sortie (déjà !) de l’adolescence.
Les concepts explorés précédemment commencent à atterrir sur ce qui deviendra des standards. À côté du désormais familier “menu démarrer”, des raccourcis permettent maintenant de retrouver ses logiciels préférés, non sans rappeler aujourd’hui le dock de macOS ou la barre des tâches de Windows 11.

Quelques incitations subtiles pour découvrir internet
L’accent est plus que jamais mis sur internet et ses possibilités, avec Microsoft qui continue de nous imposer l’infâme Internet Explorer, qui a tenté de gâcher le web pendant des années.

Et ensuite…
À partir de là, et avant même le bug de l’an 2000, la trajectoire est fixée.
Windows XP, Vista, 7, 8.1, 10, 11 reprendront les codes définis lors de cette décennie et se contenteront de les raffiner, à travers des versions itératives (en ce qui concerne l’interface - l’infrastructure et les fonctionnalités continuant, bien sûr d’évoluer grandement). Une trajectoire similaire sera adoptée par Apple, à partir de OS X en 2001.
Loin est désormais l’époque où un nouveau système d’exploitation représentait une découverte en soi. La dernière tentative de proposer quelque chose de vraiment nouveau, avec Windows 8 et son interface en tuiles, s’est traduit par un échec retentissant qui vaccinera sûrement pour longtemps Microsoft contre toute prise de risque.
Windows et MacOS sont maintenant mis à jour chaque année et personne ne se soucie vraiment de la version de son système d’exploitation. L’ambition de Windows 95 d’un ordinateur omniprésent et utilisé par toute la famille s’est concrétisée, et le prix à payer pour des outils familiers et des interfaces matures est certainement un peu moins de magie et de surprise.

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